CONTREPOINT
ANTHONY GUERRÉE AU MUSÉE BOURDELLE
Du 8 au 27 septembre 2026, le musée Bourdelle accueille Contrepoint, une installation d’Anthony Guerrée déployée au cœur des collections permanentes, pour la première participation du musée à la Paris Design Week. Anthony y puise, dans les sculptures d’Antoine Bourdelle, des lignes, des courbes et des tensions — les arcs tendus, la construction, les signatures d’un geste — qu’il transpose librement dans le bois, le verre, le textile et la terre.
Pour La Chance, l’exercice était clair et exigeant : faire dialoguer nos pièces avec l’œuvre d’un sculpteur majeur, dans un lieu qui est déjà, en lui-même, une œuvre. Trois pièces dessinées par Anthony Guerrée pour la maison entrent dans cette conversation — dont une création inédite qui rejoint la collection.
Le musée Bourdelle est un millefeuille architectural, un ensemble de bâtiments élevés entre 1878 et 1992 et reliés par trois jardins peuplés de bronzes. Des ateliers de la fin du XIXe siècle reconvertis en salles de collection ; un hall de brique rouge conçu en 1961 par Henri Gautruche pour présenter les plâtres monumentaux ; une aile de béton géométrique élevée par Christian de Portzamparc en 1992. On y passe, en quelques pas, de l’intime au grandiose.
C’est ce contraste qui nous attache à ce lieu — l’un de nos préférés à Paris. D’un côté, les espaces habités et l’atelier de création, relativement petits, chargés de présence ; de l’autre, l’immense hall des plâtres, où sont réunis les plâtres qui servaient à couler les bronzes présentés dans les jardins. Une balade, des recoins, une lumière — et une histoire du design qui n’est pas étrangère à la nôtre : grâce au legs de Rhodia Dufet-Bourdelle en 2002, le musée conserve les ensembles mobiliers et les archives de Michel Dufet (1888-1985), figure de l’Art déco. Nos pièces entrent ainsi en résonance avec une collection de design déjà présente dans les murs.
Au contact de l’œuvre de Bourdelle, Anthony Guerrée a défini un répertoire de formes — des fragments de lignes, abstraits mais profondément liés au mouvement sculptural. Ce vocabulaire circule d’un médium à l’autre : on le retrouve dans le motif du jacquard de la méridienne comme dans les paravents de vitrail et de bois du hall des plâtres.
C’est le fil conducteur de Contrepoint, et ce qui donne à l’ensemble sa cohérence : une même écriture, déclinée dans le textile, le verre, le bois et la terre.
L’atelier de peinture est un lieu de vie, plus intime, et d’une densité rare : une grande femme de Bourdelle qui monte du sol au plafond, une tête grecque, des éléments de retable, des portraits de différentes époques et de différents styles. Une densité physique, mais aussi une densité de vocabulaire et de texture. À cela s’ajoute la couleur des murs, un lit-de-vin très présent, très fort.
Pour exister dans cette pièce sans s’y dissoudre, nous avons fait le choix de versions très affirmées de nos meubles, aux couleurs assumées. Avec Anthony, nous avons construit une palette qui intègre ce lit-de-vin dans un accord plus frais : un vert menthe, un bleu doux — repris d’un des tableaux de la pièce — et ce mauve/parme que l’on retrouve d’une pièce à l’autre.
Orbe est une collection dessinée par Anthony Guerrée pour La Chance, large et riche en typologies : canapés, fauteuils, compositions. Nous avons choisi ici la version méridienne — pour sa compacité, sa dimension sculpturale, et parce que la pièce qui l’accueille était le seul salon domestique du musée, celui où Antoine Bourdelle recevait, et où se trouvait déjà, à l’époque, une méridienne. Notre intervention s’inscrit dans cette continuité : quelque chose de résolument
domestique.
Pour Contrepoint, nous en avons réalisé une version tout à fait spéciale, unique et exclusive. Le tissu est un jacquard développé avec les Tissages de Charlieu, atelier séculaire du textile français, avec l’appui technique d’Isabelle Arnadie. Le motif est directement issu du répertoire de formes d’Anthony au contact de Bourdelle — on y lit les arcs tendus, le côté construit — le même motif qui habite les paravents du hall des plâtres. Le jacquard joue sur quatre armures, soit quatre textures d’aplat reliées entre elles, rehaussées de fils brillants au lurex qui portent le mauve parme, et d’un fil jaune plus laineux qui apporte le grain. Il en résulte un relief, un effet de paysage.
Un mot sur le savoir-faire : mise au point au début du XIXe siècle, la technique du jacquard intègre le motif dans l’armure même du textile — le tissu devient un véritable espace de création. Le vocabulaire de lignes et de formes d’Anthony y prend corps grâce aux Tissages de Charlieu, atelier séculaire du textile français, spécialiste du jacquard sur mesure, et à l’expertise d’Isabelle Arnadie qui a accompagné le développement du motif.
Détail : le « roc », cet élément latéral de la méridienne, habituellement en marbre ou en fonte d’aluminium, est ici traité en laque colorée, dans un parme que l’on retrouve dans l’un des fils du tissu. Une table d’appoint vient se glisser sous le porte-à-faux du dossier. Une pièce unique, par son tissu comme par ses couleurs.
Présenté une première fois avec La Chance et Anthony Guerrée en 2025, le paravent Forma existait dans une version avec une boîte en inox poli miroir et à un bois japonais très fin, d’une grande douceur. Cet univers-là n’aurait pas tenu dans l’atelier de peinture. Nous en avons donc fait une version beaucoup plus marquée, avec un placage précieux en ébène blanc : de très forts contrastes, des volutes — une impression de fumée noire — et un côté presque rayé qui lui donne une présence intense. Il coexiste ainsi avec les nombreuses essences de bois de la pièce (parquet, portes, œuvres), en apportant quelque chose de précieux, de graphique, de moderne, et une vraie fraîcheur qui rompt avec l’ensemble.
La boîte du paravent — pensée comme un piédestal pour une sculpture, un objet, un bouquet — est ici en laque verte brillante. Nous y avons posé une matrice de fabrication de la maison Charles, éditeur de luminaires précieux pour lequel Anthony a dessiné une lampe. Cet outil, qui sert normalement à cintrer des feuilles de laiton, a été monté sur un socle : un objet technique et utilitaire dont nous voulions souligner la beauté ciselée, dynamique, parfaitement proportionnée.
Nouvelle pièce, la bibliothèque Forma rejoint la collection. Son inspiration est double. D’abord une typologie : les bibliothèques pivotantes que l’on trouve dans les intérieurs classiques, qui donnent accès aux livres sur tout leur pourtour. Ensuite, le principe déjà présent dans le paravent : la fonction de rangement se double d’une fonction de mise en valeur — ce côté piédestal. On y retrouve des boîtes, ici en laque bleue.
Haute d’un peu plus d’1,15 m, elle peut porter une grande sculpture ; et sa rotation évoque le tour du sculpteur, cette sellette sur laquelle on tourne l’œuvre pour la travailler de tous côtés — un clin d’œil, un hommage au geste. Inspirée d’un meuble ancien mais tout à fait contemporaine, elle accueille aussi bien des livres d’art qu’un bar, ou des œuvres glissées dans les deux boîtes bleues. Elle crée une circulation, un concentré de personnalités qui s’adapte à chaque usage.
Contrepoint est une œuvre collective. Autour d’Anthony Guerrée, plusieurs ateliers et manufactures d’exception.
Dans le majestueux hall des plâtres, quatre paravents de vitrail et de bois déploient leurs jeux de lumière colorée autour du Centaure mourant, d’Héraklès archer et du Monument au général Alvear. Les compositions naissent des mêmes lignes que notre tissu — les courbes et les tensions relevées dans les sculptures de Bourdelle — devenues ici architecture de lumière. Le vitrail est signé de l’atelier Toporkoff (Sophie Toporkoff) ; les structures, en frêne massif, sont réalisées par le menuisier Louis Monier (atelier Monier), Meilleur Ouvrier de France. Un juste retour des choses : le paravent appartient de longue date au répertoire du menuisier en sièges.
Dans l’atelier de sculpture — le lieu historique où Bourdelle travaillait, avec sa grande table de travail — Anthony Guerrée développe une recherche autour de la terre mêlée, menée avec la manufacture italienne Fornace Brioni. Fondée en 1920 et portée aujourd’hui par la quatrième génération, Fornace Brioni perpétue un savoir-faire d’exception autour du cotto, terre cuite issue des argiles de la plaine du Pô.
Depuis 2025, Anthony y développe plusieurs collections — Voluto, Vertigo, Ordo, Echo. Surfaces, modules, objets, mais aussi moules et matrices, exposés sur la table de Bourdelle comme autant de sculptures en négatif : la mémoire du geste, les étapes invisibles de la fabrication. Un dialogue naturel avec le travail du plâtre du sculpteur — et qui se prolonge jusque dans le jardin intérieur.
Exposition Contrepoint, musée Bourdelle, 8 – 27 septembre 2026, dans le cadre de la Paris Design Week 2026.
Conception & création : Anthony Guerrée.
Direction du musée : Ophélie Ferlier-Bouat.
Responsable de projet : AliceMassé, conservatrice en chef du patrimoine.
Pièces La Chance × Anthony Guerrée : méridienne Orbe, paravent Forma, bibliothèque Forma (inédite).
Partenaires & savoir-faire : Tissages de Charlieu (Isabelle Arnadie) · atelier Toporkoff (vitrail) · atelier Monier (menuiserie) · maison Charles (matrice) ·
Fornace Brioni (cotto).